A la découverte des forêts de légende

On aura rarement l'occasion d'y rencontrer un loup, pourtant la France possède de belles forêts domaniales, souvent issues de forêts royales préservées, entretenues avec parfois une signalétique efficace pour ne pas se perdre. Ajoutez une bonne dose de mythes et légendes, vous avez tous les ingrédients réunis pour vous lancer dans l’aventure.

La forêt domaniale appartient à l’État. Sa gestion est assurée par l’Office National des Forêts. Depuis l’édit de Moulins en 1566, la domanialité est un régime juridique distinct du patrimoine et de la propriété privée. Il existe environ 1 300 domaines pour une superficie d’environ 1 800 000 hectares, dont 690 000 hectares sont d’origine royale, 340 000 sont d’anciennes forêts abbatiales confisquées par l’État sous la Révolution, 65 000 sont des dunes boisées selon l’ordonnance du 5 février 1817 et 390 000 sont des terrains en voie d’érosion acquis au titre de la restauration des terrains de montagne. Environ 200 000 hectares proviennent de forêts privées acquises en 1914. Les propriétés royales sont principalement situées en région parisienne et dans la vallée de la Loire.

L’expression « forêts royales » désigne des terres, des bois ou des massifs forestiers ayant appartenu à un monarque, notamment pour la chasse à courre. Devenues domaniales, ces forêts peuvent abriter des landes, des zones humides ou bien des champs. À noter que certaines forêts d’Europe ont été épargnées par les grands défrichements médiévaux grâce à ce statut royal. La forêt de Bialowieza, à cheval entre la Pologne et la Biélorussie, a pu ainsi être conservée dans un état de quasi forêt primaire, comme la Terre en était pourvue il y a 10 000 ans.

Forêt de Bialowieza : © udmurd - Adobe Stock

Voici quelques exemples de forêts domaniales d’au moins 10 000 hectares : Orléans, Chaux, Fontainebleau, Arc-en-Barrois, Compiègne, Rambouillet, Montcalm, Retz, Harth, Haut-Verdon, Aigoual, Lyons, Tronçais, Haut Vallespir et Maures. 

Depuis les années 80, les Français ont repris le chemin des bois. 40 000 kilomètres de sentiers de grande randonnée sillonnent les massifs forestiers, l'équivalent de la circonférence de la Terre. Le nombre de randonneurs ne cesse de croître : ils étaient 2,5 millions en 1984, 8 millions dix ans plus tard. Il y a de la place pour tous dans les forêts françaises. Elles couvrent plus du quart du territoire national, sont riches de 136 essences d'arbres, de 10 000 espèces végétales ou animales et de nombreuses futaies. Leur surface a presque doublé depuis le début du 19ème siècle : 8 millions d'hectares en 1900, 11 millions en 1945, plus de 14 millions aujourd'hui.

Elles étaient autrement vastes et denses, véritable murs impénétrables et terrifiants, quand Jules César lança ses légions à l'assaut de la Gaule. Au Moyen Âge, les forêts sont au cœur de la vie. À la fois espaces nourriciers et réceptacles de l'imaginaire

Illustration © julia - Adobe Stock

Pendant longtemps les frontières forestières serviront d'appuis à la construction territoriale. Quand le roi de France étend son territoire par voie de conquête, il s'empresse d'annexer les forêts des vaincus, car ces richesses sont un atout maître. Colbert organise la gestion de la forêt royale et faire visiter ses bois de chênes constitue une démonstration de puissance car on y voit les futurs vassaux du roi.  Arrivent le 20ème siècle et le progrès triomphant. La France rurale quitte ses champs et le pays se transforme à très grande vitesse. Mais la forêt est toujours là, parlant à notre imagination, enchanteresse et effrayante, faisant danser sorcières et lutins dans les profondeurs de nos mémoires. Comme jadis, elle enchante et effraie, sur fond de symbolique puissante. 

S’il existe un terrain qui ignore la déforestation, il s’agit bien de celui des mythes et légendes.

Entre fées mystérieuses, farfadets et créatures mystiques inquiétantes, la forêt serait peuplée d’innombrables créatures. Demeures traditionnelles des fées, des nains, des ogres et des enchanteurs, elles n'appartiennent pas au monde ordinaire. C'est celle de Lancelot du lac et de Robin des bois, de Merlin l'enchanteur et de la fée Viviane, de Mélusine et de Morgane. Celle de Macbeth et des arbres qui marchent.

Dans la forêt de Mercoire, en Languedoc-Roussillon, la bête de Gévaudan reste un mystère. Était-ce un loup, une hyène ou un tueur en série ? Le temps en a forgé une légende. Au milieu du 18ème siècle, un animal rôdait dans le Gévaudan, notre actuelle Lozère. Ce ne fut qu’une rumeur avant que ne soit découverte une centaine de victimes entre 1764 et 1767. Rapidement, la « Bête du Gévaudan » dépassa le stade du fait divers : l’évêque de Mende lança un appel aux prières et Louis XV, alerté par les ravages, envoya ses meilleurs louvetiers. Selon la légende, la Bête fût finalement abattue puisqu’à la suite, plus aucune mort ne fût attribuée à l’animal. Cependant, elle continue de hanter les esprits des promeneurs de la forêt de Mercoire qui fût le théâtre de ces événements. Vous pouvez partir sur les traces de la Bête du Gévaudan en vous baladant au cœur de cette immense forêt de 11 000 hectares. Laissez-vous guider par le sentier des fées et ressentez l’ambiance particulière en contournant les menhirs et dolmens, le sapin de Stevenson et la grotte Ron de la Baoume.

Forêt de Mercoire : © robert - Adobe Stock

Autre forêt mythique : Brocéliande. Classée Zone Naturelle d’Intérêt Écologique Floristique et Faunistique, c’est ici que les récits du Roi Arthur prennent leurs origines. Un jour, Merlin un enchanteur proche de la nature alla se promener vers la Fontaine de Barenton. Il y rencontra la fée Viviane et tomba éperdument amoureux d’elle. Pour lui plaire, il lui fit voir quelques enchantements. Au fil du temps, Viviane finit par apprendre ses secrets d’enchanteur, dont un qui lui permettait de retenir un homme à jamais. Elle s’en servit contre Merlin en traçant par neuf fois des cercles magiques autour de l’enchanteur. Encore aujourd’hui dans la forêt de Brocéliande, il existe une stèle rappelant qu’ « ici a été enfermé Merlin l’Enchanteur par la Fée Viviane ». On y retrouve aussi des sites qui portent l’empreinte de Lancelot, de la fée Morgane, des chevaliers de la table ronde et de la quête ultime du Saint-Graal. Ces 8 000 hectares de forêt ponctués de lacs, de châteaux, de fontaines féeriques et de mégalithes se révèleront magiques au cours de vos promenades.

Forêt de Brocéliande : © edwina - Adobe Stock

Autre fée, autre lieu, Mélusine est connue dans la forêt de Mervent-Vouvant, en Vendée. Issue des contes populaires et chevaleresques du Moyen Âge, la fée Mélusine est devenue un personnage culte de la mythologie française. La mère de Mélusine jeta un sort à ses trois filles. Elle attribua à Mélusine la malédiction suivante : chaque samedi, ses longues jambes se revêtiront d’écailles et prendront l’aspect d’une queue de serpent. Si on la surprenait dans cet état, elle ne reprendrait plus jamais sa forme humaine. Elle rencontra Raimondin dans la forêt de Mervent et l’épousa en lui promettant bonheur et prospérité s’il ne cherchait pas à savoir où elle allait le samedi. De leur union, naquirent 10 fils et entre chaque naissance, Mélusine construisit des châteaux, des tours et des monastères. Cependant, Raimondin chercha à percer le secret de son épouse et finit par la surprendre avec sa queue de serpent. Furieuse, Mélusine proféra d’horribles menaces à l’encontre des forteresses construites pour Raimondin et la légende raconte qu’elles menacent chaque jour de s’écrouler. Avant que la prophétie ne se réalise, grimpez au sommet de la Tour de la fée Mélusine. Ancien donjon du château fort des Lusignan, elle s’élève à 45 m de haut !

Forêt de Mervent-Vouvant : © Juanje Pérez - Adobe Stock

La Basse-Normandie n’est pas en reste. Dans la forêt des Andaines qui entoure la ville de Bagnoles-de-l’Orne, il est conté qu’un seigneur de haut lignage aurait tout donné pour retrouver sa jeunesse ainsi que celle de son fidèle destrier. Un jour, il décida d’abandonner son cheval trop fourbu dans la forêt pour qu’il puisse mourir en paix, mais il vit sa monture réapparaitre un mois plus tard et plus en forme que jamais. Il décida de la suivre en forêt et celle-ci le conduisit à une gorge profonde où des vapeurs émanaient d’une source d’eau tiède et sulfureuse. Il y vit sa monture se baigner ainsi que des cerfs et des biches. Alors Sir Hugues s’y baigna à son tour. Quelques temps après, il retrouva sa jeunesse et retourna au château ayant fait provision de vie et de santé.

Tout comme Brocéliande, les Andaines ont inspiré les récits de la légende des chevaliers de la Table Ronde comme en témoigne la Fosse Arthour, dans la Manche. C’est ici que le roi Arthur aurait séjourné dans une grotte appelée « la chambre du roi ». La balade du roi Arthur serpente au cœur de la forêt des Andaines entre le prieuré Saint Ortaire, la source de Sainte Radegonde et les trois arbres remarquables que sont les chênes Roi Arthur, Lancelot et Hippolyte. La dernière étape du circuit réserve une belle surprise : la « pierre au trésor » oubliée pendant des décennies qui est censée exaucer les vœux exprimés avec sincérité.

Forêt des Andaines : © Jacqueline Cautrès - Adobe Stock

Beaucoup plus au sud, en Auvergne, se trouve la forêt de Tronçais sur près de 11 000 hectares, c’est l’un des plus beaux massifs forestiers de France. Aménagée par Colbert, ministre de Louis XIV, elle est connue pour ses chênes de qualité, très recherchés pour la fabrication de tonneaux pour les grands vignobles. Depuis 2018, elle est même labellisée « Forêt d’exception ». 

Avec ses 40 fontaines qui jalonnent la forêt, non seulement vous ne mourrez pas de soif, mais leur simple présence ou leurs noms étranges ont depuis toujours généré des légendes, des croyances ou des cultes. Elles participent à l’ambiance mystérieuse des lieux. L’une soigne la lèpre et les maladies de peau, l’autre annonce une année agricole fructueuse. Parmi les plus célèbres, la légende de la fontaine de Viljot raconte que les jeunes filles venaient consulter l’eau de la source pour découvrir si elles seraient bientôt mariées.

Forêt de Tronçais : © Marc - Adobe Stock

Il est difficile de passer à côté de la forêt de Fontainebleau, dont le poète Alexis Durand inventa une légende en 1849. Au Moyen-Age, le terrible Prince Noir assiégea Samois. Le chevalier René de Fontainebleau protégea sa compagne Délia en l’emmenant dans une grotte de la forêt. À la fin des combats, il trouva sa femme inanimée, victime d’une morsure de vipère. Après l’enterrement, il passa toutes les nuits à pleurer sur le rocher, jusqu’au soir où une jolie jeune fille couronnée de fleurs et vêtue de feuillage apparut. Némorosa séduit le chevalier René et par une belle journée d’automne ils disparurent dans le ciel pour célébrer leur union. Si vous allez en forêt de Fontainebleau, passez devant la Roche qui pleure dont la croyance populaire lui attribuait le pouvoir de guérir les aveugles. N’attendez rien d’elle, aujourd’hui elle ne pleure plus, sa source est tarie.

Forêt de Fontainebleau : © Jrme- Adobe Stock

Entre mythes et légendes, les forêts domaniales sont un excellent prétexte pour respirer l’air pur de ces étendues vertes.