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Explorez la France par les chemins noirs

A l’occasion de la sortie en salles du film "Sur les chemins noirs", une adaptation du récit de Sylvain Tesson, nous vous invitons à suivre les traces de l’auteur sur les 1 300 km de sentiers au coeur d'une France rurale. Cet itinéraire hors normes est parcouru avec l'aide des cartes IGN TOP25 que l'on retrouve à plusieurs reprises dans le film .

Retour en 2014, Sylvain Tesson frôle la mort et se fait une promesse : « Si je m’en sors, je traverse la France à pied ». Voici comment l’odyssée sur les chemins noirs plante ses premières graines.

Sur les chemins noirs

Sur les chemins noirs © Thomas Goisque

Plus qu’un défi, c’est l’histoire d’une reconstruction. Une diagonale du vide inversée, de la frontière italienne au littoral normand. Onze semaines pour un apprentissage d’une nouvelle dynamique du corps. Pour cela, l’auteur décide de « changer d’échelle ». Sa résurrection se fera sur les « chemins oubliés », les fameux chemins noirs représentés par de fins liserés dessinés sur les cartes IGN.

Les cartes de randonnées permettent de suivre « une géographie de traverse pour peu qu’on lise les cartes, que l’on accepte le détour et force les passages ». Comment choisir la bonne carte et l’orienter, maîtriser les échelles et les courbes de niveau, le relief et les points cotés ?

Pour qui sait en déchiffrer les codes, une carte est le premier outil d'analyse d'un territoire, accessible facilement sans recourir à des outils complexes. Lire une carte, c’est déjà imaginer la physionomie et le caractère d’une région. Une invitation au voyage pour les plus rêveurs… Et un guide indispensable pour les plus pragmatiques, soucieux par exemple d’effectuer des repérages, d’évaluer une distance ou d’appréhender la nature du terrain. Bien qu’une carte soit plane, il est possible d’y percevoir le relief, de déterminer des altitudes et de mesurer des pentes. Sur une carte topographique, trois types de figurés décrivent les formes du terrain : les courbes de niveau, les points cotés et l'estompage.

Selon l’échelle, les informations de la carte seront plus ou moins détaillées. Pour la randonnée pédestre, il est préférable de se munir d’une carte topographique au 1 : 25 000 qui indique la nature et les détails du terrain, l’ensemble des voies de communication, les sentiers, les cours d’eau et le relief. Il est par contre primordial de bien maîtriser la légende afin de se diriger les plus sereinement possible. Et attention, cher.e.s explorateur.rice.s, si vous souhaitez vous aussi parcourir les chemins noirs, ces sentiers non balisés, nous vous invitons à la prudence pour votre propre sécurité et à limiter votre impact sur l'environnement.

Sur les chemins noirs

Sur les chemins noirs © Thomas Goisque

Retour à l’histoire, en 2023, le long-métrage commence à la frontière « Je partis en août de la frontière italienne. Au début, je n’allais pas très fort et pas très droit non plus. Je traversais le Var, les pays du Verdon, de Valensole, de Lure et du Ventoux ». Le début est difficile, voire délicat. Le corps est encore en souffrance. Le pas est mal assuré, les jurons fusent (habitude de ses périples en Russie), il passe ses soirées à étudier les cartes « j’allais ouvrir compulsivement les feuilles de l’IGN. Ces cartes d’état-major étaient des merveilles, on pouvait se réjouir de posséder une pareille couverture du pays ».

Lac de la Minière

Lac de la Minière © Guillaume Besnard

Depuis Tende, dans le parc national du Mercantour, en passant par Lantosque, Braux et la montagne de Lure, les chemins oubliés emmènent notre personnage à Gigondas. « Je ne pouvais jamais regarder ces représentations au 25 000e sans me demander ce qui se tramait là, sous mon doigt, au bout de ce sentier isolé, sur un talus zébré d’un tortillon ». Il dort dehors, dans des granges, au coin d’un feu, à l’abri des arbres. Il progresse, parfois accompagné de son ami Cédric Gras. Sa perception dans la nature se fait plus fine, ses douleurs deviennent épisodiques, sa rééducation se pratique au gré du chemin parcouru. 

lac d Allos, Parc National du Mercantour

Lac d Allos, Parc National du Mercantour © francksilvagni

Il arrive à Murat, le paysage change, l’Auvergne approche. A Riom-ès-Montagnes, accompagné d’Arnaud Humann, les souvenirs de Russie peuplent les soirées autour d’un feu improvisé. Arrivés à Vichy, il écrira « Même à proximité d’une agglomération, la carte au 25 000e livrait des issues : une levée de terrain, un talus discret, une venelle ». A Eymoutiers, il imagine un mouvement baptisé « la confrérie des chemins noirs ». Ces chemins, rescapés du plan d’aménagement du territoire sont le seul moyen de s’extraire du monde numérique. Ce sont les derniers témoins d’une France pastorale, puis rurale. « Depuis le départ, je me débattais avec les cartes IGN pour tracer une sinusoïde de l’incognito ».

Sur les chemins noirs

Sur les chemins noirs © Thomas Goisque

Accueilli sous la pluie à Royère-de-Vassivière, il contourne le lac du même nom. Il est seul à fouler les chemins dans le parc naturel régional des Millevaches à la limite de la Haute-Vienne et de la Creuse. « Ce furent des jours mélancoliques » où notamment il dormit sur les marches d’une église. Bourganeuf, Chouzé-sur-Loire, le terrain devient plus plat, moins rural. Il franchit clôtures et fossés, sous le regard bienveillant des chevaux. « L’IGN maintenait sur les feuilles les anciens tracés cadastraux accaparés par les paysans ». Les bastions de granit et l’horizon escarpé étaient terminés. La Loire paisible et la douceur du climat renforçaient la guérison, bien que les médicaments fussent encore de rigueur. 

Marais de Bourges

Marais de Bourges © aterrom

Après une halte à Fontevraud l’Abbaye, la marche reprend, plus rapide, plus sereine aussi, c’est plat. Les muscles sont rodés, l’arrivée est proche, il peut presque sentir quelques embruns. « Suivirent cinq jours dans la plaine, à me brûler les yeux sur le 25 000e ». Les corbeaux croassent au-dessus de Pontorson. Le Mont-Saint-Michel se découpe sur fond de ciel orangé. Il longe la côte sauvage à l’ouest du Cotentin, presque au bout de sa diagonale, ayant retrouvé ses forces, au milieu des moutons de prés-salés. Les cartes sont du rêve, une rééducation intellectuelle et une détox digitale. Il est possible de passer des heures à rêver sur la représentation géographique. « La carte était le laissez-passer de nos rêves ». Barneville-Carteret, la civilisation retrouvée, sa promesse accomplie, un homme nouveau est né. Le périple achevé, de nouveaux horizons naissent. Il a vaincu l’ombre noire qui planait sur lui. « Désormais, s’ouvraient de nouveaux chemins noirs : ceux que je devais inventer, hors du 25 000e ». 

Le Mont-Saint-Michel

Le Mont-Saint-Michel © artepicturas

Laissons-lui le mot de la fin.

« On devrait toujours répondre à l’invitation des cartes, croire à leur promesse, traverser le pays et se tenir quelques minutes au bout du territoire pour clore les mauvais chapitres ».

 

Pour aller plus loin, retrouvez : 

 

 

Crédits photos : Thomas Goisque©2021 - Radar Films - La Production Dujardin - TF1 Studio - Apollo Films Distribution - France 3 Cinéma - Auvergne Rhône-Alpes Cinéma